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a chaud ! *octobre 2008


affaire al-dura:

Gérard Grizbec réagit à la contribution de pierre-andré taguieef

______________________________ Gérard Grizbec ______________________________

est grand reporter au service étranger de France 2 , chargé en particulier du secteur de la défense. Il a été chef du service étranger. Il a couvert beaucoup de conflits pour la radio (RFI,RMC) et la TV (France 2):guerre du Golfe ,Serbie,Kosovo, Algérie,Irak,sans oublier bien sûr le Proche-Orient: Israel et les territoires palestiniens. Il est vice-président de la Société des Journalistes de France 2.

« L’affaire al-Dura ne fait vraisemblablement que commencer »  écrit Pierre-André Taguieff  en conclusion de son article – fleuve. En fait, l’auteur n’apporte rien de neuf ; il se contente malheureusement de reprendre à son compte, comme on va le voir, la litanie de mensonges entendus depuis des années. Mais, en préalable, une remarque sur le chapitre 3, qui s’intitule «  Le lobby des intouchables ». Cette expression, tout comme « l’esprit de corps », repris à Elie Barnavi, puis « la caste journalistique », « la communauté des confrères », « la complaisance clanique »…sont des formules que l’on croyait réservées à l’extrême droite ou à l’ultra gauche. Il ne manque plus que « l’establishment » ! On a bien compris que Pierre-André Taguieff ne porte pas dans son cœur les journalistes qu’il accuse de « pratiques d’esprit totalitaire », «  terrorisme intellectuel », « pouvoir de nuisance »…

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revue le meilleur des mondes Gérard Grizbec réagit à l'affaire Al-Dura suite au papier de Pierre-André Taguieff conflit israël et Palestine MDMC’est son droit, mais s’il pense que nous formons une caste soudée, là, il fantasme. Comment pourrait-il y avoir une communauté de corps dans une profession où non seulement les salaires évoluent entre 1 500 et 70 000 euros par mois, mais aussi et surtout où la concurrence interdit toute complaisance entre confrères ? Ces dernières années de multiples «  affaires » ont vu des journalistes pris en faute. Les erreurs n’ont épargné aucun média. Tout a été rendu public, souvent sanctionné et France 2, pour ne parler que de nous, a ainsi fait amende honorable sur l’affaire Baudis en 2003, tout comme sur l’affaire Juppé en 2004, ce qui a d’ailleurs provoqué à l’époque la démission de notre directeur de la rédaction, pas moins.

Et puis dans le texte, il y a ces préjugés sur la presse française : « En France […] la presse témoigne à la fois d’un conformisme, d’un manque de curiosité et d’une absence de courage intellectuel  remarquables. » La soupe est toujours meilleure chez le voisin et il est de bon ton de citer la presse anglo-saxonne. Or, il faut la lire, la voir, cette fameuse presse pour se rendre compte à quel point sa supériorité n’est qu’un mythe. La presse américaine ? Elle s’est faite le porte-parole de George Bush durant toute la crise irakienne et le début de la guerre, complice des mensonges du président américain, en particulier sur les armes de destruction massive. A tel point qu’elle a finalement dû faire son autocritique.

Venons-en maintenant à l’essentiel : le reportage de Charles Enderlin du 30 septembre 2000. Pierre-André Taguieff aurait peut-être pu joindre des journalistes de France 2, la Société des journalistes par exemple, cela lui aurait évité de se faire le perroquet de tous les délires que l’on a entendus depuis 8 ans pour essayer de nier la réalité, et de publier les mensonges qui lui ont été rapportés.

Premier de ces mensonges: « France 2 a réalisé des copies du reportage et, d’une façon inhabituelle, les a distribuées sous forme de cassettes-vidéo à des chaînes concurrentes, comme CNN ou la BBC.» A Jérusalem, il existe un accord d’échange gratuit d’images entre les grandes chaînes internationales, y compris avec les chaines israéliennes 2 et 10. Une pratique qui existait déjà lorsque l’on a ouvert notre bureau en 1991. Cela veut dire que lorsqu’une chaine de TV tourne un sujet qui nous intéresse nous avons le droit d’en récupérer les images et d’en faire un sujet. C’est une pratique très courante. Il en est de même pour les EVN, qui sont une banque d’images que les télévisions du monde entier s’échangent gratuitement. Le seul interdit concerne la chaîne nationale concurrente : exemple, TF1 ne peut pas récupérer gratuitement les images de France 2 et vice-versa. Donc, ce jour-là, lorsque le tournage de notre caméraman, Talal Abou Rahme, est arrivé par HF de Gaza au bureau de Jérusalem, il est spontanément apparu sur les écrans du réseau interne de toutes ces chaînes de TV. Chacune d’entre elles a pu demander les images à France 2, comme d’habitude.

Le deuxième mensonge porte sur le témoignage de Luc Rosenzweig qui, avec Denis Jeambar et  Daniel Leconte, affirme, après le visionnage de la cassette que nous leur avons fournie, que 23 minutes sur 27 montreraient de «fausses scènes de guerre par de jeunes Palestiniens». En fait il n’y a que 18 minutes de tournage et non 27, et il s’agit de scènes hélas classiques d’Intifada, montrant de jeunes palestiniens qui lancent des pierres et des soldats israéliens qui ripostent avec des balles en caoutchouc. Ce jour-là, les affrontements ont duré plusieurs   heures, entrecoupés d’accalmies .Talal Abou Rahme est resté sur place ne filmant évidemment pas en continu, s’interrompant lorsque la situation semblait s’apaiser. On voit ainsi qu’entre deux scènes de violence, la vie reprend son cours, avant de nouveaux affrontements. Rien d’anormal, sauf peut-être pour des gens qui n’ont jamais couvert ce type de conflit. Tous les correspondants et envoyés spéciaux qui sont allés sur place peuvent en témoigner.

Troisième mensonge : « ce reportage a été diffusé sans que France 2 et son journaliste Charles Enderlin se soient assurés préalablement de son objectivité. »On pourrait engager un long débat sur le terme objectivité, alors que l’on sait que notre regard porte nécessairement une part de subjectivité, chacun voyant aussi la vie à travers ses lunettes, son histoire, sa culture…Le terme honnêteté semble donc plus juste. Mais répondons à l’accusation essentielle : ce reportage a bel et bien été visionné par le chef du service de politique étrangère et le rédacteur en chef du journal de 20 heures ; ce sont eux qui ont donné leur aval pour sa diffusion. Toute la chaine des responsables du journal a jugé  que le sujet était conforme aux exigences déontologiques de notre métier : il montrait la réalité au carrefour de Netzarim ce jour-là. Rien n’a été bidonné : l’enfant a bien été tué, le père blessé, dans l’angle de tir de l’armée israélienne. Cela s’appelle une bavure qui provoque un drame. Information confirmée par des généraux en fonction : le général Moshé Ayalon, chef d’état major adjoint de l’armée israélienne le 2 octobre 2000 et le général Giora Eiland, le lendemain sur la BBC.

Tous les témoignages enregistrés à ce moment là sur place l’attestent, à commencer par celui de notre cameraman, Talal Abou Rahme, qui travaille à Gaza pour France 2 depuis 1988 et n’a jamais commis de faute professionnelle.

Quatrième mensonge : «le cameraman palestinien de Charles Enderlin, membre du Fatah ». Talal Abou Rahmeh n’a jamais été membre du Fatah, ni d’aucune organisation politique palestinienne .A deux reprises il a été arrêté par la police palestinienne pour avoir filmé des images qui ne plaisaient pas à Yasser Arafat. Notre cameraman n’a jamais été accusé d’atteinte à la sécurité d’Israel par le Shin Beth ( le service de sécurité intérieure israélien ).Tala Abou Rahme s’est souvent exprimé dans la presse, développant des idées que je ne partage pas toujours, mais son discours n’a aucune incidence sur l’honnêteté de son travail et pour nous c’est l’essentiel. Toutes les agences de presse (AFP, Reuters, Associated Press), tous les médias utilisent à Gaza et en Cisjordanie les services de correspondants locaux. Sans cela toute couverture journalistique serait impossible.

J’ai signé la pétition pour Charles Enderlin pour défendre son honneur et celui de la rédaction de France 2 confrontés à des ignominies qui rappellent le discours négationniste de Thierry Meyssan sur le 11 septembre. Notre rédaction a une grande tradition de débats, en particulier lors des conférences de rédaction ou lors des réunions critiques après chaque diffusion du journal. La presse s’en fait d’ailleurs souvent l’écho. J’ai été chef du service de politique étrangère de septembre 2001 à l’été 2003 et à ce titre je puis en témoigner. Entre nous les échanges ont bien souvent été vifs sur la guerre au Proche-Orient et ils peuvent l’être encore, mais jamais personne n’a mis en cause la véracité du reportage de Charles Enderlin.

Avec Arlette Chabot, nous avons participé à la réunion organisée, en septembre dernier, par le Mouvement juif libéral de France. Une fois de plus nous avons dû entendre les mêmes fables, huit ans après les faits… alors que depuis, des dizaines d’autres drames similaires ont eu lieu…Bien sûr ces images ont été exploitées politiquement, elles ont servi de prétexte pour commettre des crimes, mais ces images sont authentiques. Pour en finir avec ces tentatives négationnistes, nous avons proposé de faire un test ADN pour prouver la filiation entre le père et l’enfant que l’on voit sur les images, ce qui veut dire déterrer le corps du gamin. Le père est d’accord, le Mufti de Gaza aussi, mais à la réunion un médecin est venu dire que les tests ADN ne prouvent rien ! Alors que pouvons-nous faire de mieux ? En appeler à une commission d’experts ou une commission d’enquête ? Arlette Chabot a déjà dit que si l’on prouvait un jour que le reportage de Charles Enderlin était bidon, ce jour-là elle licencierait tout le personnel du bureau de France 2 à Jérusalem et elle viendrait expliquer sa décision au journal de 20 heures, avant de donner sa démission. Mais, vous, Pierre-André Taguieff, que ferez-vous dans le cas contraire ?

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