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C’est pourquoi
l’Amérique est aujourd’hui le théâtre d’un face
à face qui concentre toutes ses contradictions,
qu’elle tente ainsi de mieux exorciser, quitte à
p a r a î t re schizophrène.
Obama, jeune et élégant, dispose d’un talent
oratoire et olitique que personne ne nie.
C e rtains le comparent d’ailleurs à un pasteur
évangéliste, dont la capacité à convertir les
foules ne fait désormais plus de doute. Il est
idéaliste – c’est bien pour cela qu’il a sa
chance – mais s’est aussi révélé fin et
pragmatique stratège politique – en témoigne
sa victoire, peut-être surprise mais
c e rtainement sans appel, sur Hillary Clinton.
McCain, septuagénaire à la réputation
colérique, préfère les discours politiques
concrets à la rhétorique, qu’il ne maîtrise
guère de toutes les manières. En tant que
h é ros du Vietnam, il jouit d’une aura indéniable
même s’il est détesté par la base républicaine
pour son pro g ressisme et par la base
démocrate pour son soutien au surge en Irak.
Personne ne l’imaginait capable de battre les
poids lourds du parti pendant les primaires,
mais les Américains, avec un faible apparent
pour ce vieux briscard indépendant, ont eu
raison des sondages et autres prévisions.
Obama souff re d’une image excessivement
maternelle et protectrice : on lui reconnaît une
capacité à résoudre les problèmes sociaux de
l’Amérique tout en craignant son manque de
crédibilité et de détermination en temps de
guerre. Ce mommy problem avait été rendu
célèbre par la série West Wing ( « À la Maison-
Blanche ») dans laquelle un jeune candidat
démocrate, un sénateur latino, tente de se faire
élire président avec un programme social
ambitieux mais sans crédibilité internationale.
McCain, lui, souff re d’un daddy problem :
à l’exception de quelques excités insignifiants,
personne aux États-Unis ne lui conteste sa
qualité de héros national, ni sa crédibilité
vis-à-vis des régimes et des groupes politiques
les moins respectables de la planète. Pour
autant, ses colères, sa rigidité apparente –
résultat de la tort u re qu’il a subie au Vietnam –
et son âge ne suscitent guère l’enthousiasme
d’un peuple fatigué mais encore peu rassuré
par une « guerre contre la terreur » qui n’en
finit plus.

L’Amérique aurait sans doute souhaité réunir
les qualités des deux hommes en un seul
leader, mais, à moins d’un ticket McCain-
Obama, elle devra choisir. En effet, les deux
hommes incarnent, avec une complémentarité
étonnante, deux images irréconciliables d’un
même rêve américain. Reste à savoir quelle
version l’emportera;
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