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Monsieur Sarkozy, le 24 avril, au cours de votre rencontre télévisée avec des journalistes au palais de l’Elysée, vous sembliez vouloir réparer ce qui aux yeux du gouvernement de Pékin a été ressenti comme un affront : un parcours de la flamme olympique à Paris chahuté et piteusement écourté du fait de manifestations de rue dénonçant essentiellement la répression au Tibet et le déni des droits de l’homme en Chine. Vous avez alors déclaré, à notre immense stupeur, que « la Chine aide le monde dans la crise du Darfour, pour éviter le drame ». Pour expliciter cette singulière affirmation, vous avez ajouté qu’elle « est à peu près le seul pays qui est écouté des autorités soudanaises ». Certes !
Non pas que la Chine contribue à abréger les souffrances des populations africaines noires du Darfour, celles que la Cour Pénale internationale estime visées systématiquement par le gouvernement de Khartoum.
Tout au contraire, le gouvernement chinois fournit des armes au régime génocidaire soudanais.
Tout au contraire, Pékin est le principal acheteur du pétrole soudanais dont les bénéfices servent à financer les massacres et déplacements forcés de populations, les bombardements des agglomérations, l’armement et l’organisation des milices janjawids.
Tout au contraire, la Chine, au Conseil de sécurité de l’ONU, est le soutien politique quasi inconditionnel de la clique de prédateurs islamistes qui règne à Khartoum.
Tout au contraire de ce que vous avez dit, le régime chinois n’aide pas le monde au Darfour, mais soutient cyniquement ceux qui y martyrisent les civils. Mais c’est bien grâce à l’appui chinois que le gouvernement soudanais multiplie impunément les obstacles au déploiement des troupes des Nations unies et de l’Union africaine au Darfour, dont l’intervention est pourtant exigée par deux résolutions du Conseil de sécurité.
C’est grâce à l’appui chinois que Khartoum peut montrer toute son arrogance en nommant ministre de l’Action humanitaire le dénommé Ahmed Aroun, accusé par la CPI de crimes contre l’humanité, et refuse de le livrer à la justice internationale.
C’est grâce à l’appui chinois que le maréchal-président Omar el Béchir continue à fomenter le chaos qui désorganise l’aide humanitaire dont dépendent des millions de personnes dans cette région.
Monsieur le Président, avez-vous oublié les engagements que vous aviez signés à la Mutualité le 20 mars 2007, lorsque vous étiez candidat, pour protéger les populations du Darfour ?
On peut comprendre que la raison d’Etat et les intérêts économiques français en Chine vous obligent à une attitude diplomatique à l’égard de Pékin. Mais votre message au gouvernement chinois constitue un inutile excès de zèle, qui risque d’être malheureusement trop bien interprété, non seulement par les dirigeants chinois, mais surtout par ceux qui à Khartoum ont mis à feu et à sang le Darfour.
Ne délivrez pas de satisfecit au gouvernement chinois qui soutient la junte birmane, qui réprime les Tibétains, bâillonne et emprisonne ses propres opposants et qui est le grand complice des crimes commis au Darfour. C’est justement parce que la Chine est la seule grande puissance qui peut influencer les autorités soudanaises qu’il faut clairement exiger d’elle qu’elle cesse de couvrir les crimes de son protégé africain.
Nous apprécions les efforts pour que le Darfour soit sur l’agenda de la diplomatie française.
Nous saluons la volonté de votre gouvernement pour que des troupes européennes stabilisent l’est du Tchad et le nord de la République centrafricaine, où survivent en toute insécurité des centaines de milliers de personnes dépendant de l’aide humanitaire.
La France prendra prochainement la présidence de l’Union européenne. Alors que les Nations unies viennent de réévaluer à 300 000 le nombre de morts, il faut que la France tienne un langage clair et ferme vis-à-vis de Khartoum et de ses alliés.
L’occasion sera alors donnée à la diplomatie française de faire adopter par l’Europe une politique cohérente et déterminée pour en finir avec les souffrances des populations du Darfour.
C’est ce que nous espérons sincèrement et impatiemment.
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