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Bruno Tertrais

a chaud ! *mai 2008


après hillary...

______________________________ barthélémy courmont ______________________________
Docteur en science politique, spécialiste des Etats-Unis. A récemment publié Hollywood-Washington. Comment l’Amérique fait son cinéma (avec Erwan Benezet), A. Colin, 2007 ; La guerre, A. Colin, 2007 ; et L’autre pays du matin calme. Les paradoxes nord-coréens, A. Colin, 2008.

Les Primaires de Caroline du Nord et d’Indiana n’ont pas offert à l’un ou l’autre des deux candidats un avantage suffisant pour s’imposer indiscutablement dans le camp démocrate. Cela signifie donc que Barack Obama se trouve plus que jamais en position de force, et à moins d’un renversement de situation improbable, il sera investi par le parti de l’âne pour affronter John McCain en novembre prochain. L’heure du bilan sonne donc pour le clan Clinton, qui essuie au passage une défaite prématurée qui semblait impossible il y a encore quelques mois, et que certains analystes, le plus souvent dans le camp républicain, qualifient de fin de l’ère Clinton en politique.

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Il est temps également de s’attarder sur ce que pourraient être les caractéristiques de la « deuxième partie » de cette longue campagne électorale, qui désignera une nouvelle équipe à la Maison-Blanche le 2 novembre prochain. Après le retrait officiel d’Hillary Clinton, qui interviendra tôt ou tard, les Américains entreront ainsi dans une nouvelle phase, plus partisane, et dans laquelle l’un des principaux défis des deux candidats sera d’unifier les forces de leurs partis respectifs. Sur ce point, John McCain dispose a priori d’un avantage, mais il ne faut pas exclure, côté démocrate, une unité retrouvée derrière le sénateur de l’Illinois, malgré des Primaires longues et tendues.

 

Une défaite programmée

Si, mathématiquement, la sénatrice de New-York a encore une infime chance de remporter l’investiture démocrate, plus personne, pas même dans son entourage, ne se fait désormais d’illusion sur l’issue des Primaires. Avec un retard en nombre de délégués supérieur à ceux qui manquent à Obama pour franchir la barra fatidique de 2.025, Hillary Clinton ne peut qu’accepter sa défaite. Rester encore en course s’explique pour elle par les perspectives de l’emporter dans au moins la moitié des Etats qui doivent encore s’exprimer, et de rester ainsi au contact. Mais force est de constater que la défaite d’Hillary Clinton était déjà prévisible il y a plusieurs semaines, voire même quelques mois.

La sénatrice de New York a commencé sa campagne bien avant ses adversaires, en publiant ses Mémoires, et en effectuant un travail de séduction important auprès des cadres du parti démocrate sur plusieurs années. Cela lui permit d’imposer sa présence, mais dans le même temps son acte de candidature n’a surpris personne, et de nombreux électeurs ont rapidement vu en elle une candidate naturelle, presque « sortante » et déjà en bout de course. Or, dans une campagne marquée par le thème du changement, cette image lui a fait défaut, que ce soit contre Obama ou contre McCain, tous deux perçus comme des challengers.

L’autre problème de cette campagne commencée trop tôt est d’avoir projeté Hillary Clinton au-delà des Primaires, comme si celles-ci lui étaient acquises. Cette tendance s’est retrouvée de manière très nette dans les collectes de fonds de campagne, l’ancienne First-lady amassant un beau pactole en vue du duel décisif, mais plus difficilement pour les Primaires, terrain sur lequel Obama s’est montré plus compétitif. En se voyant trop rapidement investie par le parti démocrate, Hillary Clinton a laissé ses concurrents occuper le terrain des Primaires (Obama, mais aussi Edwards dans les premiers scrutins), et n’est pas parvenue à reprendre l’avantage perdu dès les premières semaines.

Enfin, la côte de sympathie d’Hillary Clinton chez les Démocrates est importante, notamment en raison du prestige dont bénéficie son époux. Sur ce point, elle disposait au début des Primaires d’un avantage conséquent sur Barack Obama, alors quasi inconnu. Mais si près de 45% des Démocrates annonçaient il y a déjà un an soutenir l’ancienne First-lady, les autres semblaient tentés par ce qu’on pourrait qualifier d’Anyone But Hillary, choisissant Obama, Edwards ou Richardson, et se reportant les uns sur les autres au fil des désistements, comme pour mieux contrer la marche triomphale des Clinton. Et comme le nombre de ceux qui rejettent Clinton est légèrement plus important que ceux qui la soutiennent, et n’a pas sensiblement évolué au cours des Primaires, c’est ce décalage qui lui fut fatal.

Pour ces différentes raisons, la défaite d’Hillary Clinton ne sonne pas comme une immense surprise. Mais cela ne doit en rien diminuer le talent de Barack Obama, qui s’est imposé face à une candidate de poids. Par ailleurs, et malgré ces handicaps, la sénatrice de New York aurait pu largement séduire les super délégués. Mais elle a échoué à imposer sa candidature comme étant une évidence, et la montée en puissance d’Obama ne lui offrit pas la possibilité de convaincre les derniers réticents.

Obama se tourne déjà vers l’élection générale

revue le meilleur des mondes Barack obamaPassé le cap Clinton, dans l’entourage du sénateur de l’Illinois, comme dans celui de John McCain, les yeux sont déjà tournés vers le scrutin de novembre. Le sénateur de l’Illinois est ainsi récemment revenu à plusieurs reprises ces derniers jours sur les déclarations de John McCain selon lesquelles « le Hamas a clairement un candidat favori » (datant pourtant d’il y a plusieurs semaines), tournant la page des luttes internes, et faisant ainsi de l’opposition Républicains-Démocrates la référence électorale. L’occasion pour lui de se placer en position de candidat du parti démocrate, et de tourner la page Hillary Clinton. L’occasion aussi de s’imposer comme un candidat crédible sur un terrain qui lui semble a priori défavorable (et où les critiques furent nombreuses, tant de la part des Républicains que du clan Clinton) : la politique étrangère. Une intervention remarquée sur CNN au lendemain de sa victoire en Caroline du Nord fut ainsi l’occasion pour le sénateur de e l’Illinois de préciser les orientations de la politique étrangère au cas où il serait élu en novembre.

Pour Obama, la tendance la plus inquiétante de ces dernières années en matière de politique étrangère est la régression de l’influence américaine. L’image de Washington sur la scène internationale, au plus haut après les attentats du 11 septembre 2001, s’est depuis profondément dégradée, notamment en raison de l’unilatéralisme de l’administration Bush I, de la guerre en Irak, et de l’attitude vis-à-vis des alliés et partenaires des Etats-Unis. Cela a eu pour effet de précipiter la chute de l’influence américaine, que ce soit auprès des alliés traditionnels de Washington, où dans des régions dites à risque, comme le Moyen-Orient, l’Asie centrale, ou l’Asie du Sud-Est. Le sénateur de l’Illinois juge nécessaire de renforcer cette influence, en mettant en avant les valeurs américaines, et en proposant une vision moins manichéenne du monde. La caractéristique de Barack Obama qui découle de ce souhait, déjà exprimée à plusieurs reprises, concerne la reprise du dialogue avec les partenaires, mais aussi les adversaires de Washington. A l’inverse des autres candidats, le sénateur de l’Illinois juge nécessaire de dialoguer avec les dirigeants iraniens, nord-coréens, ou cubains, et fait de cette approche le meilleur moyen d’influencer leurs politiques. Hillary Clinton et John McCain critiquèrent l’inexpérience et la naïveté d’Obama sur ces questions, ce à quoi il répond qu’une politique agressive et coercitive, même si cela est parfois nécessaire, n’a pas le même impact que l’influence, et le soft power, qu’il estime avoir été négligé ces dernières années. Cela ne doit cependant pas empêcher le président des Etats-Unis, estime Obama, de faire usage de la force quand les autres options se sont avérées inefficaces. On pense à l’Iran, sujet sur lequel le sénateur de l’Illinois souhaite privilégier le dialogue, mais sans définitivement écarter la possibilité de frappes.

Barack Obama estime par ailleurs que le monde a besoin d’un leadership américain. Besoin de ses valeurs, de ses idéaux, et de son combat pour la paix et la liberté. Besoin de sa puissance et de son autorité. Besoin de ses réseaux d’influence et de ses alliés. Obama a souvent été montré du doigt comme le plus enclin à favoriser un isolationnisme parmi les candidats encore en course. Ses positions sur l’ALENA et son souhait d’accélérer le retrait des forces d’Irak ont ainsi été critiqués comme la marque d’un repli sur soi consacrant le refus de Washington de s’engager sur la scène internationale. Cette intervention fut donc l’occasion pour lui d’imposer un programme de politique étrangère ambitieux, et de rejeter toute forme d’isolationnisme, mais aussi et surtout de rappeler que si le multilatéralisme doit s’imposer, il est nécessaire qu’il s’accompagne d’un leader, et que ce leader doit être Washington.

La main tendue à la sénatrice de New York

Dans le parti démocrate, les grandes manœuvres s’organisent pour savoir comment se servir de l’abandon futur d’Hillary Clinton pour se préparer au mieux en vue de l’affrontement de novembre. Les rumeurs vont bon train sur les négociations et autres positionnements augurant de décisions importantes.

A propos d’Hillary Clinton, Barack Obama a ainsi déclaré le 8 mai, « Elle est qualifiée pour être vice-présidente, ça ne fait aucun doute. Elle est qualifiée pour être présidente, ça ne fait aucun doute. Elle est infatigable, intelligente. Elle est capable. Et de manière si évidente qu’elle serait présélectionnée par n’importe qui comme candidate potentielle à la vice-présidence ». Un hommage qui sonne comme un appel à la réconciliation et à la possible composition d’un ticket présidentiel que de nombreux démocrates qualifient « de rêve ». La majorité des électeurs de Clinton comme d’Obama estiment qu’un tel ticket serait la meilleure garantie d’un succès contre John McCain en novembre, mais les incertitudes sur le résultat des Primaires ont ajourné les négociations sur l’ordre d’un tel ticket, chacun des deux candidats s’estimant plus capable que l’autre pour assumer le premier rôle. Avec l’investiture d’Obama se profilant désormais à l’horizon, cette question va redevenir importante, et pourrait offrir à la sénatrice de New York une porte de sortie à la hauteur de ses capacités et de sa campagne. Ce serait aussi, de l’avis de nombreux observateurs, la meilleure garantie d’un parti se présentant unifié face aux Républicains en novembre.

L’ancien candidat aux primaires 2008 et co-listier de John Kerry en 2004, John Edwards, a pour sa part apporté un soutien tacite à Barack Obama en qualifiant le sénateur de l’Illinois d’homme capable d’unir le parti démocrate et d’emporter l’élection de novembre, et expliquant que « Si Barack est investi, la question sera de savoir si nous serons tous rassemblés pour garantir que l’ensemble des électeurs dont nous aurons besoin en novembre se mobiliseront en sa faveur. Ce qu’il apporte, c’est, en premier lieu, son aptitude à unir le Parti démocrate. En second lieu, il pourra amener de nouveaux électeurs, faire venir des gens qui n’ont pas participé au vote depuis longtemps, et faire en sorte que les gens s’enthousiasment pour ce qu’il se passe ».

Malgré ces manœuvres qui ressemblent à des mouvements décisifs en direction d’Obama, nombreux sont les observateurs et responsables politiques à craindre que des Primaires démocrates trop longues ne profitent à John McCain, en divisant profondément les forces du parti de l’âne. Certains électeurs proclamèrent même qu’ils refuseront de voter en novembre si leur candidat (e) n’emportait pas l’investiture du parti. Et les sondages de confirmer cette tendance, comme pour mieux inquiéter et impliquer les super délégués, responsables du choix final du candidat en l’absence d’une majorité absolue obtenue dans les urnes. Le spectre d’une unité éclatée du parti démocrate se dessine pour certains, avec des effets désastreux lors de l’élection générale.

En novembre prochain, le vote pourrait cependant être plus partisan que prévu. Devant la nécessité d’apporter des voix au candidat de l’un ou l’autre des deux partis, le vote par défaut devrait faire son grand retour, marquant au passage la pérennité d’un bipartisme trop souvent enterré. Quand les électeurs démocrates auront à choisir, en novembre, entre une nouvelle présidence républicaine ou une administration démocrate, ces divisions devraient s’estomper. Dans un environnement politique profondément partisan, ces mécanismes se généraliseront. Provoquer des débats en vue de désigner le candidat le mieux placé pour l’emporter, c’est à cela que servent les Primaires ! Les partisans d’Hillary Clinton choisiront donc dans leur grande majorité Barack Obama – puisque c’est le sénateur de l’Illinois qui sera, sinon catastrophe, le candidat du parti de l’âne. Le sénateur du Connecticut, Chris Dodd, un ancien candidat qui a apporté son soutien à Obama, a récemment assuré que le parti serait uni derrière son candidat : « J'ai une totale confiance au moment où je vous parle dans le fait que nous serons un parti très uni derrière Barack Obama, très, très rapidement ». Reste simplement à savoir si le réservoir d’électeurs démocrates sera supérieur à celui des Républicains. Ce sera l’un des principaux enjeux de cette élection.

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